Sherab le Tibétain (littérature jeunesse) est maintenant disponible au format PDF sur YouScribe au prix de 3,10 €



1959: Sherab, valeureux combattant, accompagne le Dalaï-Lama dans sa fuite au nez et à la barbe des Chinois. La frontière indienne est au bout de ce long et périlleux voyage sur le Toit du Monde...

Des Nouvelles du Brésil

 Des Nouvelles du Brésil 



Diogène d'Arc, est naturellement d'ascendance gréco-lorraine. Il vit principalement en Amérique du Sud. Se partageant entre l'Amazonie, les Guyanes et le Nordeste brésilien. Ceci après avoir visité d'encore plus lointaines contrées et occupé divers emplois particulièrement rémunérateurs et déprimants.
Il a déjà publié quelques ouvrages sous des pseudonymes improbables dont un livre historique reconnu dans les milieux universitaires, mais sa paresse légendaire et son indignation face à l'égo d'autrui a très tôt désespéré sa famille qui avait benoîtement placé de fols espoirs en lui.
Il tire son inspiration de la contemplation béate de ses contemporains ou de ses prédécesseurs ce qui revient au même, n'est-ce pas ?
Il écrit pour les adultes, mais aussi pour la littérature jeunesse.
Il se commet également à produire des romances. Mais uniquement pour financer sa vie dissolue.
Le Brésil focalise toutes les attentions avec la Coupe du Monde. Il fera encore la Une en 2015 (invité d'honneur au Salon du Livre de Paris) et en 2016 avec les Jeux Olympiques. Mais le Brésil ce n'est pas que le foot et le sexe, la musique et la violence des favelas... La Jument Grise vous donne des Nouvelles du Brésil !

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Sherab le Tibétain

Dans la nuit 17 mars 1959, des ombres furtives s’affairent dans certaines rues de Lhassa, notamment autour des temples. Les troupes chinoises font du zèle, contrôlant et emprisonnant à tour de bras. Leur commandement est nerveux. Il s’attend à un coup d’éclat des rebelles. Mais il n’a ni imaginé ni anticipé ce qui agitera durant de longues semaines la diplomatie internationale. Le Dalaï-Lama disparaît !
En fait, il quitte Lhassa.
Sherab, un adolescent dont la famille a été massacrée lors de l’invasion décide d’accompagner le souverain dans sa fuite à travers l’Himalaya. C’est un voyage périlleux sur le Toit du Monde que Diogène d’Arc raconte ici.
De l’ancestrale capitale du pays de Bod à la frontière indienne...




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© Diogène d’Arc 2006-2016

Diogène d’Arc, @diogenedarc et diogenedarc sont des marques déposées. Alors reposez-les !

         Le matin… très tôt le matin juste avant l’aube les chiens en meute vont se baigner dans le fleuve. Traversant en jouant la petite plage jonchée de détritus. Sont peut-être une douzaine. Des petits et des maigres. Des vieux et des jeunes. Des molosses et des rachitiques. Des élégants qu’on dirait qu’ils rentrent du casino. Des avec le pelage tout galeux qu’on dirait qu’ils sortent du commissariat de police. Des insignifiants qu’on dirait qu’ils travaillent pour des politiciens. Des qu’ont l’air de rigoler et d’autres qu’on se demande s’ils ne sont pas venus ici pour se noyer en public.
         Les enfants qui vont au labeur les regardent attentivement
         et je devine dans leurs yeux épuisés
         pour déjà en avoir trop vu
         qu’ils envient la liberté de ces chiens
         comme dans quelques heures ils envieront les troupeaux de touristes avec leurs beaux chapeaux tout neufs d’aventuriers et leurs lunettes de soleil. Leurs belles chaussures de toile et leurs sourires si particuliers. Comme figés dans la condescendance.


© Diogène d’Arc 2006-2016

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Bach et Guevara



         On jouait à la radio le concerto de Brandebourg n°3. Celui des concertos brandebourgeois qualifié (par les spécialistes) d’écriture contrapunctique allemande composé en 1721 pour la margrave de Brandebourg, oncle de Frédéric-Guillaume Ier dit le roi-sergent. Lui-même fils de Frédéric 1er de Prusse. 1721 fut l’année où le compositeur se remaria avec la fille du trompettiste. Elle savait pertinemment jouer de la flûte.
         Donc j’écoutais Bach à la radio.
         C’était une vieille radio. Un appareil datant peut-être de la présidence de Vìctor Paz Estenssoro.
         Oui, parce qu’à cette époque je passais mon temps en Bolivie. À écouter la radio. Un programme qui diffusait de la musique classique.

         C’était à Vallegrande.

La dame de Pondichéry

      Un jour, je m’étais mis en tête de visiter tous les hôpitaux psychiatriques de la région. D’autres visitent bien des usines désaffectées ou des camps de concentration.
Bon, pour être tout à fait exact je n’avais pas décidé seul du thème de cette tournée culturelle. Surtout qu’au lieu de voyager en autobus climatisé à deux étages avec bar et WC (imaginez le type aux toilettes se tenant le ventre à deux mains à l’instant ou le bus dérape et fait des tonneaux…) et télévision, je voyageais dans une ambulance conduite par un jeune homme avec un anneau reliant ses deux narines. Le syndrome du bœuf sans doute. Entre parenthèses le bœuf n’était pas très vigilant. À un feu rouge je me suis discrètement éclipsé.
Je suis entré dans un bar. Propre le bar. Clientèle cravatée. Smartphones et tablettes ultra-chics et hypermodernes. Agendas électroniques bien en évidence sur des petites tables basses ornées de jeunes pimbêches gloussantes, jambes croisées pour montrer juste ce qu’il faut d’intelligence. Pas vraiment le genre bistro où on se descend un petit godet vite fait au comptoir. Le percolateur fonctionnait dix mille fois plus que la pompe à bière.
J’ai donc commandé une bière bouteille. Lorsqu’il n’y a pas assez de débit la bière pression devient vite dégueulasse. Le loufiat stylé m’a regardé d’un œil torve. Il a dit qu’on ne servait pas au zinc. Fallait aller m’asseoir.
J’ai soif mon pote. Je suis dingue et j’ai des hémorroïdes. Peux pas me poser le cul sur tes banquettes aussi moelleuses soient-elles.
Il a fait une drôle de grimace. Il allait dire quelque chose de désagréable. Il s’est ravisé. Tous les autres clients le regardaient… Il m’a donné une bouteille de bière à 5,50 €.
C’est à la trois mille sept cent quarante neuvième que les flics sont venus me chercher. Cellule de dégrisement. On s’est terminé au pastis. On a discuté. On a refait le monde. Y en a un des flics qu’a dit que le monde serait drôlement plus mieux sans les Arabes et les Juifs. Un autre a affirmé que dans les caves des cités les tournantes sont uniquement la faute de petites salopes qui provoquent les mecs.
— Et puis on s’en fout. C’est entre eux. Tant qu’ils baisent pas nos filles et nos campagnes…
— Mais non connard : nos compagnes !
— Tournez manèges ! a hurlé un jeune stagiaire avant de s’écrouler.
Moi, j’ai simplement fait remarquer qu’Hérode Antipas était devenu tétrarque de Galilée en l’an quatre de notre ère et qu’à ce titre il détenait un record de longévité tout à fait remarquable ayant occupé cette fonction durant trente-cinq ans.
Ils se sont tus. M’ont regardé. L’un d’eux a doctement déclaré : t’es vraiment givré toi !
Un chef s’est pointé : foutez-le dehors !
        
         J’ai erré dans les rues. Je me suis allongé sur un banc. Il était sept heures du matin. Puis d’une façon tout à fait classique le banc m’a gentiment déposé devant l’hôpital psychiatrique de la ville.
Je suis entré dans le bâtiment.
Un endroit aussi déprimant qu’une blague racontée par un sénateur presbyte de centre-droit payé à coups de milliers d’Euros.
J’ai longé un long couloir.
J’ai ouvert une porte au hasard.
C’était le local du personnel. Meuble en Formica avec cafetière électrique. Table en Formica avec deux bananes dessus et le journal de la veille. Chaises en Formica. Et au milieu de tout ce Formica une belle femme, assise. Elle n’a pas paru étonnée de voir débarquer un type vêtu d’un imperméable chiffonné et portant des chaussettes dépareillées. Affublé de lunettes de soleil sans verres.
Je me suis assis en face d’elle.
— Vous êtes indienne, j’ai dit.
— Oui, de Pondichéry, a-t-elle répondu d’une toute petite voix. Une voix fluette en somme.
— J’ai habité Bombay. Mais je peux aussi vous raconter l’histoire extraordinaire de Pondichéry… Ancien comptoir français…
À ce moment-là un type a fait irruption. Un petit bonhomme. Genre prétentieux. Crapaud voulant quintupler de volume afin d’enfiler un costard aussi large et voyant que l’orgueil d’un présentateur de télévision. Psychiatre expert auprès des tribunaux. Chef de service et recopieur d’articles scientifiques, abonné au cocktail de la Préfecture et autres endroits où se font et défont les petites réputations provinciales.
Il a éructé : qu’est-ce que vous faites ici ? Vous n’avez rien à faire dans cette pièce. Vous importunez mon personnel. Le personnel de MON service !
L’infirmière a tenté d’intervenir. Timidement.
Je n’ai rien dit. J’ai adressé un clin d’œil à la dame de Pondichéry et un petit signe d’apaisement au psychiatre comme on le fait parfois pour calmer un roquet.

         J’ai revu la dame de Pondichéry. Trois jours après. Par hasard. Dans la rue.
— Je suis navrée pour vous… Toute cette histoire !
— Ça ne fait rien. Cet homme est peut-être plus malheureux que moi.
— Je ne crois pas a-t-elle dit. Que devenez-vous ?
— Rien. J’ai cessé de visiter les hôpitaux psychiatriques. Maintenant je marche le long des rivières.
— Où dormez-vous ?
— Les nuits sont encore chaudes…
— Il vous faut trouver un établissement pour vous soigner. Une clinique. Un endroit sympathique, agréable avec des gens compétents.
— Ça existe ?
— Naturellement. Allez dans une grande ville. Tenez, voudriez-vous que je vous aide ? J’ai une amie infirmière dans une clinique privée.
— Pourvu que ce soit loin d’ici… Je ne sais pas… De l’autre côté du Cercle polaire par exemple.


         J’ai beaucoup aimé son sourire à ce moment-là. Un peu le même que ma tante s’octroya quand elle m’annonça que nous devions quitter notre vaste appartement pour vivre dans une caravane sans roue.


© Diogène d’Arc 2006-2016

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AMERIQUES

       Dans cette bourgade du bout du monde, entre fleuve et jungle, j’ai connu un Français entre deux âges, il passait son temps à boire de la cachaça dans la salle obscure d’un vieux bar à putes en regardant les filles s’ennuyer avachies sur des chaises en métal marquées par des slogans publicitaires d’un autre siècle. Marquées… les chaises pas les filles ! Quoique…
       Quand il n’était pas dans ce bar qui à une époque eut pour nom Pousada Roberta (on en devinait encore l’inscription sur la façade défraîchie) il marchait lentement jusqu’à l’église Santa Maria en sifflotant. Je me suis laissé dire qu’il habitait chez l’unique femme riche du coin, partageant avec elle le seul appartement moderne de la ville.
        Il était grand et mince.
        Il avait souvent une cigarette Derby accrochée aux lèvres.
        Malgré la chaleur et l’humidité constantes de jour comme de nuit de janvier à décembre, il était toujours vêtu d’un costume noir qui d’ailleurs commençait sérieusement à dépérir sous le soleil d’une Amérique du sud qui jamais ne cessa durant toutes ces années de vouloir se séparer définitivement de sa sœur du nord.
        Tout le monde le connaissait.
    Les marchands du Mercado Municipal lui offraient souvent qui une tomate qui une mangue. Bien sûr ils savaient qu’il vivait chez l’unique femme riche du coin. Bien sûr ils savaient qu’il était étranger. Mais c’était leur façon à eux de participer à l’aventure humaine.
       Aux Amériques.



© Diogène d’Arc 2006-2016

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